Ravin de Corbeuf

photo1Le Ravin de Corboeuf apparaît à 1 km à l’est de Rosières, affluent de la Suissesse. Le dépaysement est total. La beauté du lieu tient à la diversité des couleurs qu’ont les argiles, rouges à la base, puis vertes, bleues et ocres, entrecoupées de niveaux blanchâtres.

Ces sédiments se sont déposés dans le grand lac qui occupait, il y a 40 millions d’années, le bassin de l’Emblavez et celui du Puy, aujourd’hui séparés par le horst granitique de Chaspinhac. Des plantes protégées ou rares ont été observées sur le site : lis martagon, adonis d’été, buplèvre à feuilles rondes, conringie d’Orient, gaillet à trois cornes, neslie en panicule, scorsonère laciniée et plusieurs orchidées.

Tout autour de ROSIÈRES, principalement dans ” le Ravin de Corboeuf ” et sur les flancs des ” Sucs Rouges ” (2 Km au sud de la localité), on peut observer les argiles versicolores à tendance parfois marneuses, qui témoignent des sédiments déposés au fond d’un vaste lac qui recouvrait tout le bassin et qui provenaient de l’érosion des montagnes granitiques environnantes (à cette époque, le plateau granitique dépassait certainement de beaucoup les 900m actuels et, bien sûr, les sucs n’étaient pas encore en place.)

1- Des couleurs et des formes caractéristiques :

A la base du ravin et sur près d’une dizaine de mètres, on observe une alternance d’argiles (ou argilites) sableuses rouges et de sables rosés ou verdâtres. Très localement, les argiles s’enrichissent en passées à consistance de grès.
Au dessus, des argiles alternativement belges et bleues se superposent sur 55 mètres de puissance.
C’est une alternance d’argiles tendres et d’argiles indurées. Ces dernières contiennent une petite quantité de calcaire (1 à 2%) alors que les couches d’argile bleu-verdâtre présentent de nombreuses concrétions calcaires.
La superposition de couches est recoupée, par endroit, par de fines lignes blanches disposées presque verticalement. Ce sont des filonnets de calcite (carbonate de calcium) matérialisant d’anciennes petites failles.
Le site de Corbeuf offre des formes de ravinement qui sont parfois très spectaculaires. Ce sont des formes que les géographes appellent bad-lands qui fond alterner petits ravins et crêtes aiguës. Les argiles sont particulièrement sensibles au ravinement favorisé par l’imperméabilité et la faible résistance du matériau. Pour s’en convaincre, il suffit de randonner à Corbeuf après un violent orage.
Au bas de certains ravinements, l’œil expérimenté distingue des bourrelets correspondant à des glissement en masse.

2- Des témoins précieux de l’histoire géologique :

L’entaille de Corbeuf permet de se familiariser avec les formations sédimentaires caractéristiques des bassins du Puy en Velay et de l’Emblavez.
Il s’agit en fait d’un seul bassin initial, compartimenté en deux parties par le plateau de Chaspinhac. De part et d’autre, le géologue retrouve la même superposition de couches.
Ces zones en creux résultent de l’effondrement progressif (appelé subsidence) du socle granitique, en réponse à la création de la chaîne des Alpes. Cela se serait produit, il y a 35 voire 40 millions d’années, lorsque le vieux massif central a été soumis à des contraintes mettant la crôute continentale en extension et provaquant l’affaissement de certaines régions (Limagne, Plaine du Forez, Bassin du Puy-Emblavez…).
Les argiles vertes et rouges de la base marquent le début de l’effondrement. Ils résultent du remaniement de sols rouges plus anciens installés dans des conditions climatiques particulières. L’argile dominante dans cette formation est appelée kaolinite (le nom de kaolin vient d’une colline chinoise où l’on extrayait une argile utilisée pour confectionner de la porcelaine). La couleur rouge et verte étant liée aux différents états d’oxydation du fer contenu dans les argiles.
Les argiles bleu-verdâtre à beige sont des illites qui tirent leur nom de l’Etat de l’Illinois. Elles forment une série puissante mis en place dans un contexte essentiellement lacustre. Ces argiles proviennent de l’altération du granite proche, de sa transformation en minéraux argileux et de l’accumulation de ces derniers dans la zone de bassin.
Les concrétions calcaires annoncent le passage à des dépôts marneux voire calcaires qui viennent se superposer aux précédent dans la région du Puy en Velay ou à Glavenas, dans l’Emblavez.
Dans le paysage, la marque de l’effondrement se lit au niveau de l’escarpement constitué par le plateau de Chaspinhac qui a valeur de compartiment moins effondré. Le granite se retrouve également dans l’Emblavez, sous forme de compartiments plus ou moins abaissés (c’est le cas dans les environs immédiats de Rosières ou en suivant la Galoche). Dans tous les cas, la relation est celle d’une superposition (granite, argile rouge et verte, argile bleu-verdâtre) ou par l’intermédiaire d’une faille (passage latéral à l’argile).
Le volcanisme est une activité ancienne qui a largement contribué à façonner les paysages de l’Emblavez.
Les premières manifestations sont apparues dans ce bassin, il y a un peu plus de 14 millions d’années, à la faveur du rejeu de certaines failles.
Les reliefs hérités de cette époque constituent de lourdes formes (Gerbizon, Miaune,Jalore) de nature trachy-phonolitique (dômes-coulées).
Des reliefs basaltiques anciens, sous forme de reliefs isolés jalonnent également le bassin (Mézères, Recours, Chastel…).
Des tables volcaniques plus récentes viennent contraster avec les précédentes (Plaine de Beaulieu-Rosières, Huche plate). Ce sont des coulées de lave moins anciennes qui sont à relier aux phases de construction du plateau du Devès (entre 1 et 3 millions d’années).

 3 – Un énorme travail d’érosion :

Le creusement de la vallée de la Loire et de ses affluents a largement contribué, au cours du Quartenaire, à délayer les roches tendres de l’Emblavez.
Les reliefs volcaniques les plus récents (Huche plate) témoignent de l’importance du phénomène par le percement de la table basaltique, positionnée initialement dans un point bas du relief.

Des “pyramides”

Ainsi les roches volcaniques plus résistantes que les argiles se sont retrouvées soit déchaussées par l’érosion (exemple de Chastel) soit perchées.
Les argiles subissent encore des ravinement importants qui sont faciles à percevoir dans le paysage mais plus difficiles à expliquer quant à leur origine. L’érosion liée à l’homme n’est pas à exclure. Il est bien connu que certaines pratiques de déboisement ou d’incendie peuvent favoriser le départ d’un ravinement intensif. L’abaissement brutal du niveau de base du bassin au cours du Quaternaire a pu également participer à la reprise brutale et localisée de l’érosion régressive.

SOURCE : C.P.I.E (Centre Permanent d’Initiation à l’Environnement du Velay), M. Jean-Noël BORGET, le riou de chaspinhac, 43700 CHASPINHAC.

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